LES REMASTERS ROADRUNNER



Cette fois, aucune raison de se plaindre, l’Oncle Fish nous offre tout un tas de bonnes choses pour nous permettre de tenir jusqu'au printemps prochain, date à laquelle nous découvrirons RAINGODS WITH ZIPPOS.

Il est toujours intéressant, lorsqu’on dispose d’un bon laps de temps, de revenir sur le passé et de porter un regard global sur les anciens albums, tout particulièrement lorsque le catalogue complet a été remastérisé et relooké pour votre plaisir visuel et auditif.

1. POUR LES YEUX ...

Côté esthétique, le boulot a été fait de façon très soigneuse, avec des tas de photos et des notes de Fish pour chaque période. L'occasion de revoir tous ces visages du début des années 90, notamment les frères Brzezicki qui jouaient sur la tournée VIGIL (que sont-ils devenus ?), ou ce bon vieux Kevin Wilkinson, batteur pour le grand Ecossais de 91 à 94, ou bien encore les guitaristes jumeaux, Robin et Frank, qui n'ont pas changé tant que ça au fil des ans - surtout Frank qui a aujourd'hui la même tête qu'il y a une décade, lui le soliste timide mais si doué qui laisse sa 6 cordes pleurer sur l'inoubliable solo de CLICHE.

Les photos sont superbes, et pour la plupart elles ne sont pas nouvelles si vous êtes un membre de The Company, mais certaines sont plutôt rares, surtout dans le livret de SUITS. Dans ce dernier, vous trouverez des clichés de la tournée TOILE et des photos sympas prises en studio pendant les séances d'enregistrement, tout ceci n'étant disponible auparavant que dans un livret-photo en édition limitée. Les notes écrites par Fish sont très complètes. On y trouve des anecdotes et les réponses à la plupart des questions que vous vous posez souvent :

- Pourquoi a-t-il quitté Marillion ? Lisez le livret de VIGIL.
- Pourquoi s'est-il écoulé tant de temps entre VIGIL et INTERNAL ? Lisez le livret d'INTERNAL.
- Pourquoi a-t-il enregistré un album de reprises en 92 à la place de SUITS ? Lisez le livret de SONGS.
- Comment Fish s'est-il débrouillé pour survivre dans le milieu musical en 93-94 après avoir perdu un de ses meilleurs amis, son principal complice pour écrire les chansons et son contrat d'enregistrement ? Lisez le livret de SUITS.

Un seul petit regret concernant ces notes, vraiment sincères et touchantes: celles d'INTERNAL sont si denses qu'il ne restait plus assez de place pour y mettre les paroles des morceaux bonus !

Toujours pour les yeux, toutes les couvertures des albums ont été restaurées, ce qui fait que du coup, les anciennes versions sont devenues des pièces de collection ... Mais, plus important, on peut enfin distinguer tous les détails des oeuvres d'art. Sur VIGIL, tout est plus sombre, la bordure est noire et le logo de Fish n'est plus dans un cercle jaune - en résumé, on retrouve bien le côté « nocturne » de la couverture originale de Mark Wilkinson.
Sur INTERNAL et tous les autres Remasters il y a une bordure blanche qui entoure l'illustration. INTERNAL profite pleinement de ce traitement, car comme tout est plus clair, on peut voir beaucoup plus de détails que sur la version originale, et la photographie de Fish est couleur sépia cette fois, du coup il ressemble à un de nos vieux grands-pères posant fièrement au début du siècle. Un seul petit regret sur celui-ci : le logo de Fish est devenu le classique logo noir et blanc, à la place de la magnifique couronne avec les fleurs qu'on trouvait sur l'original. Mais c'est pour mieux s'intégrer à la bordure, bien sûr ...

La couverture de SONGS FROM THE MIRROR tire un peu maintenant sur le gris-bleu. Du coup l'ensemble rend énormément mieux que sur l'original. A présent on peut apprécier pleinement le tableau 'The Guddler' de Keith McIntyre.

Rien n'a vraiment changé sur SUSHI hormis le mot 'Sushi' qui est écrit avec un lettrage plus « japonisant ».

La grosse différence provient de SUITS, où l'on trouve une bordure blanche du côté gauche, ce qui laisse tout le reste de la pochette pour l'illustration de Mark. Du coup, une nouvelle fois, on peut voir beaucoup plus de choses que sur l'original: le ciel est plus bleu, l'herbe plus verte, et le costume de peau humaine encore plus brun et plus grand - comme si on avait zoomé l'original. Et tout en haut apparaissent un logo Fish et 'Suits' réécrit différemment. Dans l'ensemble cette pochette de SUITS est notablement moins pastel et bien plus voyante !

C'est tout pour les yeux - SUNSETS est exactement identique, si ce n'est que les paroles du bonus track sont maintenant dans le livret.

2. POUR LES OREILLES ...

Ceux d'entre vous qui ont fait attention ont peut-être remarqué la petite phrase sur la couverture de chacun des Remasters : 'Digitally remastered with bonus tracks' (remastérisé avec des morceaux en prime). En fait, il n'y a pas de morceau supplémentaire sur SUSHI, et SUNSETS n'a pas été remastérisé. Comme Fish l'a expliqué tout récemment dans un e-mail adressé à la Freaks Mailing List, Roadrunner est responsable de cette erreur: les Remasters forment un 'package', comme on dit dans les affaires, aussi, de leur point de vue, il n'y a pas de distinction entre tel et tel CD. Pour nous si, bien sûr ! Aussi un petit avertissement à ceux qui ont acheté la version japonaise de SUNSETS (avec le titre supplémentaire): à moins que vous soyez un collectionneur fanatique (et riche), inutile d'acheter l'édition Roadrunner, puisque le mastering est toujours celui qu'a fourni Bob Ludwig pour l'original.

Sur les albums réellement remastérisés, ce n'est pas Bob qui est crédité mais Calum Malcom, et quel boulot il a fait : certainement l'un des meilleurs travaux de remastérisation à ce jour ! C’est comme une seconde naissance pour chaque album. Bien évidemment, comme dans la plupart des remasters, tout sonne beaucoup plus fort, principalement la batterie et la basse, et les parties vocales ont été sérieusement éclaircies. Mais, avec Calum, il y a plus que ça : il a mis en valeur toute la profondeur que méritent ces chansons, et l’on se met à découvrir tous ces détails qu'on n'avait jamais remarqués auparavant. Faites l'essai avec des chansons comme THE COMPANY, VIGIL, SHADOWPLAY, DEAR FRIEND, FEARLESS, SOLO, SHE CAMELEON (live), EMPEROR'S SONG ou JUMPSUIT CITY. Comparez les versions originales avec les remastérisées et vous entendrez ce que je veux dire.

Peut-être que le meilleur exemple du travail fourni par Calum pour donner plus de profondeur à la musique c'est TONGUES : vous vous souvenez des backing vocals de Maryen Cairn ? Essayez d'écouter le nouveau remaster au casque, et vous aurez tout à fait l'impression qu'elle est en même temps derrière, à côté, et au-dessus de vous, en train de crier 'we are, we are speaking'.

De tous les albums, INTERNAL et SUITS sont ceux qui profitent le plus du remastering. On dit souvent que la production de VIGIL était supérieure à celle de ces deux-là, que quelque chose manquait dans ces albums. Plus maintenant! A présent, c'est juste une question de goût pour les chansons, mais au niveau du son, l'intégralité du catalogue de Fish est tout simplement excellent.

Une dernière chose pour vos oreilles, en plus de l'amélioration de la qualité du son, il y a aussi les bonus tracks - vraiment remastérisées, bien évidemment ! Sur VIGIL, il n'y en a pas moins de cinq -c’est vraiment le grand jeu ! JACK AND JILL - si Marillionesque - sonne toujours bien, même si on peut être un peu frustré par la drum machine utilisée par le trio qui l'a enregistré (Fish, Mickey et Frank). Peut-être que cette chanson aurait mérité un ré-habillage complet. WHIPLASH est toujours drôle, la version originale d' INTERNAL EXILE vous la connaissez sûrement depuis l'album YANG (1995), et il y a les démos, THE COMPANY et GENTLEMAN'S EXCUSE ME, enregistrées à la Funny Farm en 1989, premières collaborations de l'équipe Fish-Mickey. Sur GENTLEMAN'S, mise en boîte pendant un terrible orage, on peut entendre la pluie et le vent qui souffle si l'on écoute attentivement.

Sur INTERNAL, CARNIVAL MAN et POET'S MOON ont été finalement inclus. Qui a dit 'comme elles auraient toujours dû l'être' ? Pas forcément faux. La seule chose qui manque ici c'est la démo de TONGUES. Pourquoi ? Très bonne question ...

SONGS FROM THE MIRROR a beaucoup changé. 'Jeepster' a disparu car Fish n'aimait pas cette version de la chanson, lui préférant celle du live 'SUSHI', mais, côté bonus, mentionnons 'Time And A Word' de Yes, avec la participation du seul et unique Steve Howe, ainsi qu'une formidable version du 'The Seeker' des Who. Certains d'entre vous le savent peut-être mais Fish voulait initialement inclure, sur le remaster de SONGS, deux autres titres enregistrés cette année au Studio Millenium : 'This Town Ain't Big Enough For The Both Of Us' de Sparks, une vraie tuerie, et 'Faith Healer' du Sensational Alex Harvey Band, déjà interprété sur scène en 89. Mais il s'est avéré, à cause du marché américain, que Fish ne peut pas sortir plus de 10 titres sur un album de reprises. Tant pis pour cette fois, ces deux morceaux réapparaîtront dans le futur, le premier probablement en tant que face B sur un single, le second sur l'album RAINGODS. Soyez patients les gars !

Terminons avec SUITS, qui comprend maintenant BLACK CANAL et OUT OF MY LIFE, à l'origine sur le digipack LADY LET IT LIE, et SUNSETS, qui offre la face B de BROTHER 52, l'énorme DO NOT WALK OUTSIDE THIS AREA. Rien que du bon !

Bien sûr, certains pourront déplorer le fait que différents morceaux ne figurent pas sur ces Remasters, en particuliers des mixages différents comme le grand 'Teddy Bear Mix' de 'Something In The Air', ou des versions en public. Mais, regardons les choses en face, ce qu'on a là c'est la collection presque définitive de Fish; oui, 'presque', car il y a encore le futur, et pour le moment, ce futur s'appelle RAINGODS WITH ZIPPOS ....

Bruno Deltombe

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