Haddington 1999 : RAINGODS, BADGERS & CIE

27-29 Août 99, il y a quelques jours, c'était le dernier pèlerinage fishien du siècle. Pour fêter ça, Haddington a troqué son pluvieux manteau contre un soleil inattendu , et l'Écossais le plus célèbre du comté a offert quant à lui une performance inoubliable. Encore une...


photo : Per Hansson

 Suivons pas à pas nos envoyés spéciaux Bruno et Merlin ...

vendredi 27 août

samedi 28 août

dimanche 29 août

St Mary l'église paroissiale d'Haddington où Fish et Tammi se sont mariés le 25 juillet 1987 et où a eu lieu le concert acoustique du samedi 29 août 1999













 

 

Vendredi 27 août :
 
Pourtant, qu'il est difficile de surprendre. Pensez que depuis 1991, il y en a eu des conventions écossaises!!! Et des concerts, des rencontres, des karaokés, des concours, que pouvait-on espérer de plus cette année? Fish a trouvé la (les) réponses (s).
 
Dès l'atterrissage au Edinburgh Airport, quelque chose a changé : l'endroit vient d'être remis à neuf et exhibe fièrement un nouveau terminal. Idéal pour se paumer!!! Dehors aussi, rien ne ressemble aux précédentes éditions : tout le monde, dans la foule abondante de touristes présents pour l'annuel festival d'Edinburgh, porte tee-shirts, lunettes noires et baskets. "Nous sommes du soleil"!

Un taxi, un petit training de scottish language avec le chauffeur, et direction la Spittalrig Farm. Comme toujours l'accueil du poisson est chaleureux à souhait. Il nous rappelle un peu le programme des festivités : trois concerts en trois jours, un tournoi de foot, et la présence parmi les convives de Mark Wilkinson et Steve Wilson, qui a, paraît-il, apporté dans ses bagages le nouvel album de Marillion, dont il achevait le mixage quelques jours auparavant. Avant que vous ne vous posiez la question, l'objet restera inviolé tout le week-end!!!

Quelques instants plus tard, nous dégustons un succulent vent d'été dans le jardin de la Funny Farm. En face de nous, Fish, grave, se confie. La situation n'est guère réjouissante : les belles promesses de Roadrunner n'ont pas été tenues, du coup Raingods s'est, pour le moment, moins vendu que Sunsets en Europe. Qui plus est, le poisson n'a touché aucun dividende, et vit depuis quelques temps sur le seul merchandising. La prochaine tournée s'annonce difficile et l'Écossais confesse pour la première fois son envie de ne pas partir sur la route. Pour le futur, il n'envisage qu'un retour à l'indépendance totale, et une carrière basée sur les fans et sur internet. Les temps sont durs... Nous évoquons aussi la mémoire de Kevin Wilkinson, l'ex-batteur de Fish disparu il a deux ou trois semaines. Et fort heureusement nous parlons aussi futur et espoir : une nouvelle maison (non loin de la Funny Farm, qui est en vente), un nouvel album l'année prochaine ("une sorte de Plague Of Ghosts 2", dixit), et bien sûr des projets cinématographiques. Sur ce dernier point, nous avons la primeur d'un scénario que Fish mijote depuis quelques temps. Tout est secret pour l'instant, mais, petite confidence entre nous, si ce film voit le jour, son impact égalera celui d'un Trainspotting, aucun doute!
 
Fin de l'entretien. Il est temps pour nous de rendre visite à Phil et Hazel, qui logent à dix minutes de la Funny Farm. L'endroit se nomme Overhailes, et mérite franchement le détour : la campagne à perte de vue, un beau château du XIIIème siècle en contrebas, the view from the hill! C'est ici que nous logeons pour le week-end...

Mais les festivités commencent ailleurs, au premier étage du Victoria Inn, un pub en plein centre d'Haddington, non loin de la mythique Corn Exchange. Fish et ses troupes sont là dès 20 h pour un court set acoustique. L'endroit est aussi plein que le métropolitain un jour de grève, et il faut beaucoup d'adresse pour se frayer un chemin dans l'escalier étroit sans répandre sur les autres sa pinte de Mac Ewans! Le jeu en vaut la chandelle néanmoins. Le poisson égrène à peu près le set des showcases acoustiques du printemps : Somebody Special, Change of Heart, Just Good Friends, Incomplete, Lucky, Out of my Life, Lady Let It Lie, Tilted Cross, Raingods Dancin'-Wake Up Call, dans une ambiance très privée, c'est un Fish dans votre salon! Et quel Fish! La voix a l'air de fonctionner, notamment sur Raingods Dancin', premier grand frisson du week-end. Sur ce titre, le groupe inaugure un nouveau final: les musiciens quittent la scène les uns après les autres, laissant Fish seul face au public, qui reprend sans fin "We can make it happen"...
Après ce warm-up, les premières rencontres, notamment avec quelques compatriotes comme Joël et Roland, venus des Vosges. Nous évoquons le tournoi de foot du lendemain : avec le peu de Français présents, il ne sera pas aisé de constituer une équipe de 7 joueurs.  






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la journée de samedi
























Samedi 28 août
Confirmation samedi lorsque nous commençons à gambader sur le terrain de foot du Midfield Sports Center... Il est à peu près 16h et le soleil plombe la pelouse. Nous avons encore sur l'estomac le barbecue du midi et les hectolitres de houblon qui l'ont accompagné. Le repas fut des plus agréables : Fish s'offrait à ses fans pendant une heure au Poldrate Center, derrière sa chère Tyneside Tavern, revenant sur les événements des mois précédents et sur ses nouveaux projets, répondant sans relâche aux questions, même celles qui étaient relatives à "Grendel", si si ça existe encore!!! Après ça deux sets acoustiques à savourer : d'abord celui de Traprain, le duo formé par nos amis Phil et Hazel, une guitare, une voix, dans la tradition du plus beau folk façon Sandy Denny. Il faut avoir entendu "The Enemy Within" pour comprendre... Si seulement les fans de Fish avaient été un peu plus attentifs :-( Ils se remobilisent heureusement pour accueillir John Wesley qui rappelle, fort à propos, qu'avant d'être le nouveau guitariste de Fish, il a démarré une magnifique carrière en solo dont il extrait notamment She Said No et Ordinary Man. Du plaisir, encore du plaisir...

Sur la pelouse en revanche, quelques instants plus tard, mal aux jambes, encore mal aux jambes... La poignée de fans français est renforcée avec l'arrivée dans l'équipe de trois Espagnols et d'un Italien : nous voilà en lice pour 14 minutes (2 fois 7 minutes ) contre l'Angleterre du sud. Bonne première période, nous menons 1-0. Hélas tout se gâte ensuite. Score final 2-1 pour les Anglais. Le scénario sera identique face à la Company Scotland, 1-0 pour nous, puis 4-1 pour eux. Nous sommes éliminés mais heureux d'avoir participé à ce tournoi des plus sympathiques, d'où sortent deux équipes anglaises, les inévitables Allemands, et surtout la Badger Team ("l'équipe des blaireaux") de Fish. Dans cette dernière, on aura noté l'impressionnante prestation du libero, inconnu, et de l'avant-centre, plus connu, Eliott Ness, ci-devant producteur de Raingods With Zippos. C'est tout pour aujourd'hui, la nuit descend sur Haddington, et des hommes s'affairent dans la St Mary's Church : un chanteur écossais est attendu ici ce soir...

 
CONCERT A ST MARY'S CHURCH

Comment décrire ce qui nous attend ce soir là… Essayons de planter le décor. Imaginez une vieille église médiévale aux proportions tout de même imposantes, mais à la facture délicate, digne au milieu de son enclôt paroissial, aux pierres tombales plus vieilles et patinées les unes que les autres, sous une luminosité de crépuscule naissant. L'air est chargé d'un je-ne-sais-quoi de magique et d'imposant. La foule ne s'y est d'ailleurs pas trompé : elle qui semble toujours légèrement délurée avant la plupart des concerts, se range spontanément en une longue file bruissante de murmures, respectueuse de la solennité du lieu. L'entrée dans l'église se fait en quelques marches, et nous y voilà. Le spectacle se fera devant des spectateurs assis : de longues rangées de chaises nous attendent. Ayant pris place, nous pouvons admirer la magnificence du lieu, que le sentiment d'attente latent remplit d'une atmosphère presque mystique. Et soudain, les lampes faiblissent puis s'éteignent, et la magie commence… Le groupe s'installe et arrive un Fish encore grandi par des douches de lumières vespérales.
Le concert débute par un Tumbledown superbe… et tout le monde sait d'ores et déjà que la voix est au rendez-vous… Le poisson est au plus haut de sa forme et son énergie est amplifiée par les hautes voûtes qui nous entourent.

Quelques morceaux se succèdent pour notre plaisir, Somebody Special, Lucky, Out of my life, et le bonheur est à son comble… Le groupe est fantastique, un des meilleurs, si ce n'est le meilleur qu'ait pu avoir notre Ecossais. Tony Turrell, notamment, est un clavier subtil, respectueux des oeuvres et des ambiances, John Wesley se confronte aux divers styles guitaristiques avec un brio et un talent remarquable, et bien sûr Squeaky et Steve sont comme à leur habitude tout bonnement superbes.

Fish finit bientôt de capturer l'assistance par le pouvoir de son émotion lorsqu'il dédie Dear Friend, à Doc, son ami américain (l'inspirateur de Brother 52 !) décédé quelques jours plus tôt. L'intensité semble arrivée à son comble quand une autre révélation nous est faite, Incomplete et Tilted Cross, viennent mettre totalement en valeur la beauté et la voix envoûtante d'Elizabeth Antwi. Notre Ecossais rend bientôt un hommage remarqué à celle-ci en lui demandant d'interpréter en solo The Man With The Child In His Eyes de la grande Kate Bush. Une brillantissime chanson (disponible sur l'album "The Kick Inside") pour un moment parfaitement extatique…

La première partie du concert s'achève sur Sugar Mice, et l'enchaînement de Raingods Dancing et Wake up Call qui ne font que confirmer que notre Fish est au sommet de son art. Pour revenir à Sugar Mice, l'impossible pause (environ 30 secondes de silence complet !) qu'il marque avant d'enchaîner le dernier "blame it on me" nous mène tous vers un point d'émotion jamais atteint auparavant. Quand après des salves d'applaudissement il revient pour les rappels, c'est seul avec Tony, pour la plus belle des versions de Solo (de Sandy Denny) suivie d'un superbe medley A Gentleman's Excuse me / Lavender au bout duquel tout le groupe viendra mettre le point final. A ce point, les lumières se rallument, et toute l'assistance semble sous le choc, incapable de se relever immédiatement après cette expérience. Chacun sort de l'élise pour s'égailler dans la nuit. Après un petit moment de répit à la Tyneside Tavern, nous décidons d'aller faire un petit saut à la Farm. Nous y trouvons un Fish épuisé, affalé dans le canapé du salon TV, visiblement désireux de garder ses forces pour la demi-finale et peut-être la finale du tournoi de foot, mais surtout pour le concert de clôture du lendemain. Et là, surprise, il nous explique qu'au contraire du public, les membres du groupe n'ont pu apprécier pleinement ce concert à la St Mary's Church, tant les problèmes de sons sur scène étaient grands. Malgré ce bémol, le poisson nous invite quand même à regarder en sa compagnie le mythique Spinal Tap de Rob Reiner. Idéal pour trouver un sommeil souriant...


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la journée de dimanche























 

Dimanche 29 août (The last straw)

Dimanche dernière ligne droite : tout commence au Waterside Bistro, un restaurant situé dans un des plus beaux sites d'Haddington. Derrière l'abbaye St Mary passe une rivière surmontée d'un pont ancien et orné de cuivres, le tout offrant une vue incomparable, quelque part entre un vallon et une cachette pour amoureux transis. Les plus curieux peuvent toujours re-visionner le clip de Lady Let It Lie pour mieux comprendre... Au programme du Waterside, un repas succulent, le "Fish Menu", et un petit concert acoustique de John Wesley. Posté juste à l'entrée, l'Américain bouclé, dont le visage évoque parfois celui d'un autre gentleman, Roger Hodgson de Supertramp, égrène quelques unes de ses plus belles perles (Waiting For The Sun, Girl With The Pale Blue Eyes) avec toujours cette assurance et cette bonhomie fédératrices. Hélas le temps se gâte, et un déluge s'abat sur Fishville, écourtant légèrement les festivités.

Intempérie sans gravité qui a juste eu le temps de faire fuir les fans vers un abri improvisé, et surtout de rendre glissante la pelouse qui doit accueillir dans un instant les dernières joutes du tournoi de foot. Logiquement, de telles conditions de jeu profitent aux joueurs locaux, et c'est la "Badger Team" du Poisson qui remporte la finale, grâce notamment à un but du big himself, et à un arbitrage un peu "à la maison", comme il le reconnaîtra plus tard, non sans malice... En tout cas, mention spéciale à "cette équipe des blaireaux" bien sympathique, animée principalement par le sus-nommé Eliott Ness, mais aussi par Squeaky, Steve Vantsis, et un Bill Mc Nie (ex-Mr Company Scotland) aussi rapide qu'une gazelle, enfin presque... :-)))) Et John Wesley, demandez-vous, faisait-il partie lui aussi de la Fish Team? Que nenni, il oeuvrait pour l'équipe nord-américaine, éliminée plus tôt mais auteur d'un remarquable 4-1 face aux Pays-Bas. Hats off to John!

Bien sûr, avec de telles débauches d'énergie, on pouvait douter de la fraîcheur des troupes sur la scène de la Corn Exchange. Précédés d'une première partie folk (que nous avons manquée, sorry mates!), Fish et les siens disposaient d'un peu de temps pour se ressourcer, mais l'inquiétude règne un tantinet dans nos esprits lorsque les lights s'éteignent. Fish nous a en effet confié au Waterside, quelques heures plus tôt, que contrairement aux apparences (son aisance vocale de la veille), il souffre d'une infection de la gorge depuis vendredi et qu'il se soigne en conséquence.

Il faut croire alors que la médication fût bonne, car ce qui va suivre nous laisse pantois!!!

Tout démarre avec Faith Healer, à la sauce Raingods, l'occasion d'entendre enfin John Wesley en électrique. Aucun souci à se faire, il nous jette ses riffs au visage comme un lanceur de couteaux ses lames, déchirant la nuit d'Haddington, tandis que les autres, Fish en tête, prennent leurs marques. La voix semble OK pour le moment... Toutefois, après un Lucky-tour de chauffe, nous doutons encore un peu, Fish enchaînant un medley un peu bancal (Emperors Song/ Credo/ What Colour Is God/ Mr 1470) et une paire de morceaux plus cools (mais superbes : Incomplete et Just Good Friends), qui semblent déjà calmer le public. Fort heureusement, tout cela va bientôt être balayé d'un coup de génie. Tumbledown d'abord, marque son territoire, Tony jouant à la note près les accords précieux de Mickey Simmonds.

Puis suit le (double) morceau de bravoure : Hotel Hobbies/ Warm Wet Circles/ That Time Of The Night comme en 87 ou presque, le son d'aujourd'hui en plus. Jamais des musiciens de Fish n'ont aussi bien assimilé le feeling de Rothery/Kelly que la paire Wesley/Turrell. Tout y est, les solos, les sons, d'une exactitude folle, redonnant un instant vie aux heures glorieuses du passé... Et que dire du présent! Fish pose son cahier de textes sur un pupitre, et dès les premières nappes lance sa plainte : "I found a home in the darkness...". Raconter Plague Of Ghosts Live serait un crime tant le flot d'émotions qu'elle draine est vaste. Pour résumer disons que le final de Digging Deep vaut en intensité celui d'un Forgotten Sons, et que Raingods Dancin'/ Wake Up Call a de quoi faire frissonner, surtout lorsque Fish nous balance ces plus de 2O minutes comme sur le disque, sans esquiver une note haute... Quant aux rappels, là on frise l'apoplexie : Après la remise de médaille aux vainqueurs du ballon (et aux valeureux vaincus, la Southern England Team), après les adieux de Kenny le bientôt retraité, l'homme de la Tyneside Tavern, qui nous embrasse du fond du coeur en serrant contre lui un disque d'or de Vigil, offert par Fish, après tout cela Cliché s'envole vers des sommets où peu d'artistes peuvent s'aventurer. Non seulement le Poisson la rechante quasiment comme sur la tournée Vigil, là aussi sans donner l'impression de peiner, mais en plus Tony Turrell est au diapason et John Wesley réalise une nouvelle prouesse en égalant Frank Usher, sans le copier. C'est bien simple, imaginez Steve Rothery sur Cliché, et vous aurez une idée de ce que John a réalisé... Sur le final il s'offre même une fantaisie, pourtant périlleuse, passer de Cliché à The Perception Of Johnny Punter, tout naturellement, avant que Fish ne reprenne les rênes en hurlant comme un diable : "Just another village, burnin' in the hills!" Des larmes de joie et de rage montent aux yeux : comment un artiste aussi fabuleux peut-il subir sur le plan commercial échec sur échec? Difficile d'accepter une telle fatalité lors du deuxième rappel : Sunsets On Empire, avec Liz Antwi dans le final, Steve Wilson de Porcupine Tree (monsieur Sunsets) en invité surprise, et Fish qui termine le concert toujours plus haut. Ultime botte, coup de grâce, la Corn Exchange reprend en un énorme choeur sa chanson, son hymne, The Company!!! C'est le plus grand concert de Fish depuis... bah qu'importe! Bravo mille fois! Là-dessus, au lieu du repli habituel, où chacun s'en va cuver son bonheur dans les pubs alentour, rassemblement général et direction la Funny Farm. Des centaines de personnes vont aller et venir dans l'immense jardin jusqu'à pas d'heure, posant leurs yeux sur cette maison sous les étoiles, qui dix ans durant a abrité un bonhomme unique, plein de gouaille, bourré d'idées, têtu comme une mule, Ecossais en diable, mais surtout avec un coeur gros comme CA! Rangeons bien ces images dans nos mémoires, car demain sera un autre jour...

Remerciements : Fish, Wes, Tony, Liz, Squeaky, Steve, Yatta, Tammi, Tara, Robbie, Bill, Kenny, Tosh, Elliott, Phil, Hazel, Jimmy et tous les oubliés. See ya' next year!!!

 Des photos du week-end envoyées par notre ami Per Hansson de The Company Sweden (thanks a lot Per !)

 

 

 


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